Un expert chinois dit à New York qu'Internet ne peut pas être contrôlé en Chine

22/11/2003 - Source : AP

Le gouvernement chinois a longtemps contrôlé l'information que ses citoyens reçoivent via les médias officiels, mais cela pourrait se terminer du fait qu'Internet devient de plus en plus présent au sein d'un pays communiste au changement rapide, a déclaré un expert chinois en matière d'internet.

"Je ne dirai pas que la Chine est démocratique, mais on ne peut plus contrôler les informations'' a indiqué Guo Liang, directeur adjoint du centre de recherches pour le développement social à l'académie chinoise des sciences sociales, un groupe de réflexion de Beijing appuyé par le gouvernement.

"Le SARS est en est un bon exemple'' a t'il dit dans une récente interview à New York. "Il y a à peine 10 ans, les gens ne pouvaient apporter aucune critique. Le gouvernement pouvait facilement cacher quelque chose et les gens osaient à peine s'exprimer.''

Les filtres spéciaux sont sensés empêcher les internautes chinois de voir les sites mis en place par les dissidents chinois expatriés, par les organisations de droits de l'homme et par de nouvelles organisations, bien que son application soit irrégulière et souvent inexplicablement aléatoire. Guo et d'autres contestent l'efficacité des filtres et ne pensent pas qu'ils aient beaucoup d'effet. "On ne peut pas contrôler l'Internet. C'est ma théorie fondamentale" a dit Guo, qui a récemment terminé une étude sur l'utilisation d'Internet dans 12 petites villes chinoises. "Les gens peuvent recevoir toutes sortes d'information. Les filtres ne peuvent pas supprimer un graphique". Comme exemple, il cite les communications des Falun Gong, le mouvement spirituel interdit par le gouvernement chinois car étant perçus comme étant "le culte du diable". "Je reçois toujours une fois par semaine des messages en provenance des Falun Gong'' a dit Guo. "Ce sont des signes chinois mais c'est réalisé comme une photo. Comment voulez-vous filtrer cela ? Ca n'est pas possible."

L'enquête de Guo, financée par la fondation Markle de New-York, s'est portée sur 4100 personnes âgées de 17 à 60 ans et dans 12 villes chinoises. Bien que cet échantillon ne soit pas considéré comme étant représentatif de la population générale, les résultats de l'étude offrent une vision peu commune de la façon dont Internet est en train de transformer la politique en Chine - offrant aux citoyens une plate-forme pour l'expression de ses opinions et une fenêtre sur le monde extérieur.

Par exemple, 72 pour cent des utilisateurs d'Internet sur lesquels l'enquête a porté, sont d'accord avec le fait qu'en "utilisant Internet, les gens avaient plus d'opportunités pour exprimer leurs opinions politiques".

60 pour cent pensent qu'Internet leur donne l'opportunité de critiquer les politiques gouvernementales et 73 pour cent disent que les officiels du gouvernement "apprendront à mieux connaître les opinions du peuple " grâce à Internet.

Seulement 13 pour cent ont indiqué être en faveur d'un contenu politique contrôlé.

La Chine compte environ 68 millions d'utilisateurs Internet parmi ses 1.3 milliard d'habitants, selon des chiffres fournis en juillet par le "China Internet Network Information Center" . L'utilisation d'Internet est la plus élevée dans les plus grandes villes chinoises, telles que Beijing et Shanghai avec environ 30 pour cent de résidents se connectant.Mais un pourcentage semblable - environ 27 pour cent - des personnes dans les 12 petites villes chinoises dans lesquelles l'enquête a été menée, se connectent également. "Je ne m'attendais pas à cela'' a déclaré Guo. Dans l'enquête de Guo, 63 pour cent ont indiqué qu'ils ont accès à Internet depuis leur domicile, tandis que 41 pour cent, la plupart du temps dans des zones périphériques, se connectent depuis les cafés internet. Un plus petit nombre peut accéder à la toile depuis leur lieu de travail ou depuis l'école.

57 pour cent des internautes chinois interrogés ont dit qu'ils vont en ligne pour surfer les sites web, pendant que 51 pour cent se connecte pour envoyer des emails et 49 pour cent pour télécharger de la musique. Seulement 5.3 pour cent de ceux sur lesquels l'enquête a porté utilisent Internet pour faire des achats en ligne. Ils dépensent une moyenne annuelle de $50 pour de petits achats tels que des livres, des magazines et des CDs. Une raison du faible pourcentage d'acheteurs en ligne est que l'utilisation des cartes de crédit n'est pas largement répandue en Chine, bien que les cartes de débit deviennent populaires. De plus, les moyens de livraisons ne sont pas très bien développés. Hao Xiaolei indique qu'elle se laisse parfois aller à faire des achats de sa résidence de Beijing, achetant principalement des petits objets et payant comptant. "J'ai un compte avec mon adresse et après la confirmation de mon achat, un employé de leur service viendra me livrer directement" a t'elle dit via email. "Quand je le reçois le colis, je le paye. Ils assurent un délai maximum de livraison de 48 heures".

Selon 62 pour cent des personnes interrogées, le problème principale vis à vis de l'utilisation d'Internet en Chine est que la vitesse de connexion est trop lente. Beaucoup disent que les vitesses de connexion sont affectées par les censeurs que le gouvernement utilise pour bloquer des dizaines de milliers de sites.

45 pour cent pensent que leurs frais de connexion - qui peuvent être aussi bas que un dollar pour huit heures d'accès- reste trop élevé alors que 34 pour cent se plaignent au sujet de leurs connexions qui coupe régulièrement.

La Chine a fermé plus de 3.300 cafés Internet dans ce qu'elle appelle une mesure de sécurité depuis qu'un feu dans un café internet en juin 2002 avait causé la mort de 25 personnes.

Le gouvernement a indiqué que presque 12.000 cafés Internet ont temporairement fermé afin d'apporter des améliorations vis à vis des normes de sécurité. Cette mesure a permit de contribuer aux efforts de la part du gouvernement communiste pour contrôler la manière dont les Chinois utilisent Internet, et même à les encourager à développer l'utilisation en ligne d'activités liées au commerce et à l'éducation.

Sous les nouvelles lois qui ont pris place l'année dernière, les mineurs sont interdits d'accès à de nombreux cafés Internet. Les gérants de cafés Internet sont demandé d'enregistrer les identités de leurs clients et de fermer à minuit. Mais Guo dit que beaucoup de cafés Internet ne possèdent pas de licence, qu'ils n'effectuent pas de relevés de l'identité de leurs clients et qu'ils ne vérifient pas leurs âges.

"Une raison pour laquelle les jeunes aiment les cafés Internet est qu'après le travail, ils n'ont pas beaucoup de divertissement proposés ainsi nombreux ne savent pas quoi faire" a dit Guo. "Les jeunes aiment l'Internet en tant que mode. Ils peuvent dire à leurs amis, "je peux jouer à des jeux sur Internet". Les jeunes aiment se faire remarquer".